Mon dernier projet m’a amené sur un terrain que beaucoup regardent avec intérêt (ou pas) avant le plus souvent de reculer en voyant les contraintes : monter un PC gaming USFF dans un boîtier ultra-compact de 4,9 L.
L’arrivée prochaine d’une steam machine sous les 6L montre finalement que, plus compact, c’est dans l’air du temps.
Pourquoi s’infliger ça ?
Je pourrais teaser en disant qu’il s’agit d’un exercice d’équilibriste complexe où chaque millimètre compte. Où le refroidissement devient une équation en quatre dimensions, et où le portefeuille découvre un concept ancien, mais toujours douloureux : le surcoût de la miniaturisation avec la taxe SFF.
Mais non, pas du tout. Du moins ca n’a pas été mon cas. J’ai voulu rester dans du relativement commun.
Ce qui m’intéresse ici, c’est de voir si une machine de moins de 5 L est capable de tenir tête à des PC en moyenne 8 à 10 fois plus gros. Il y a d’abord l’envie d’une machine discrète, le kif de l’ingénierie de poche. Une machine qui disparaît visuellement, mais reste capable de chatouiller les 100 FPS sur certains titres.
À travers mon expérience, je voulais explorer ce que le format impose, ce qu’il coûte, mais aussi ce qu’il permet. Je voulais également voir ce qui fait la différence avec un boîtier micro-ATX comme le MC1000 : on passe de l’espace au rationnement sans forcément perdre en commodité ce que le MC1000 offre déjà de plus que le Core V1 ou le Kolink Satellite. C’est aussi ici que la comparaison avec d’autres mini-PC devient intéressante. UM690, Magnus EN1060, DeskMini, autant de reférence encore plus plus petites.
J’ai un temps considéré le Jonsbo NV10 mais il a une contrainte, celle du GPU low profile. Il n’y a longtemps eu que 3 offres Gigabyte en RTX 3050,4060, 5050, 5060 Low-profile. Le format étant indisponible ou presque en occasion. On restera sur un GPU double slot plein format. Après avoir fait le tour des offres de boitiers à petit prix, j’ai jeté mon dévolu sur le Metalfish S3. Il n’offre pas seulement un petit volume c’est un objet de style plutôt élégant tout en métal. On pourrait encore pousser vers plus petit avec un Velka 3. Mais le budget boitier/alim/riser dépasse presque le cout de mon build actuel.
Spoiler, si niveau place et performance le challegenge est relevé, dommage que la machine ne disparaisse pas aussi auditivement. Le résultat produit un mélange de satisfaction et d’efficacité difficile à retrouver ailleurs. Un format pareil devient un vrai outil : transportable, discret, optimisé, pensé comme un projet long terme. D’ailleurs, on a moins envie de renouveler un projet que l’on a mis autant de temps à faire aboutir par rapport à une tour assembleur.
Le surcoût caché de l’ultra-compact
L’un des points souvent sous-estimés par ceux qui se lancent dans le SFF (Small Form Factor), c’est que la compacité coûte cher. Pas uniquement en argent, mais aussi en temps, en options manquantes et en flexibilité perdue. Pourtant, autant le surcout relève parfois de la légende. On l’a vu dans un MC1000, on achète standard, même si on obtient plus petit. Dans le S3, on paye un écart avec le miniaturisé, mais c’est surtout le manque de référence qui sera préjudiciable.
Les composants “SFF-friendly” coûtent-ils réellement plus cher ?
On suppose habituellement qu’une alimentation SFX, GPU Monofan, un ventirad low-profile, câbles custom, bref, que le moindre choix peut se transformer en casse-tête. Mais c’est exagéré, car par exemple, trouver une carte mère micro ATX qui rentre dans un Kolink Satellite est bien plus casse-tête.
On pourrait croire que le refroidissement est un combat permanent, mais non, tout va se jouer ailleurs et ce dès le départ. Car, pour rester dans le budget, dans la compacité, les composants sont logiquement moins haut de gamme. Quand une alimentation Flex de 400W fait 50€ et la 600W 200€ on sait très bien que le jeu n’en veut pas la chandelle. 4x le tarif pour 50% de puissance en plus c’est un mauvais calcul surtout quand on n’en aura pas besoin.
Coté ventilation, il existe de bons ventirads pour ce genre de boitier. le petit Noctua NH-L9 suffit pour n’importe quel CPU 65W (réels… pas un i5-14400). Et si on veut économiser, l’équivalent Thermalright à peine plus bruyant est à moitié prix. Ensuite, un GPU qui ne consomme pas plus de 200W sera déjà plus facile à refroidir. Presque chaque marque propose (chez Nvidia du moins) au moins 1 modèle xx50 ou xx60 en single fan. Puis Gigabyte et Asus offrent des modèles Low Profile de RTX.
Le bruit est l’ennemi du bien
Le vrai compromis ou le combat perdu d’avance est celui du bruit. Malheureusement, une alimentation Flex et un GPU low profile ont souvent des ventilateurs 40mm. Pour brasser de l’air, ils tournent vite, comme ils sont petits le bruit est aigu et peu agréable. C’est le prix à payer du design thermique sous contrainte forte. D’ailleurs parlant de prix et de GPU low profile, si Gigabyte propose des Geforce LP, d’autres fabricants offrent des Monofans (en 92mm) généralement à peine plus cher que le MSRP et moins chers que d’autres customs 3 fans tout en étant plus silencieux que les 40mm. Du moins, dans des sonorités plus graves. Coté mono ventilateur, les références Palit et Gainward ont ma préférence, moins chères, plus silencieuses qu’une Asus Phoenix ou une MSI Aero. Je n’ai par contre pas testé les nouvelles Cyclone de MSI qui semblent être ce se fait de mieux.
Le temps de build explose
J’en ai monté des PCs, j’ai fréquemment entendu des gens galérer sur un PC classique. Je peux troller en disant que monter une tour plein format n’est pas un montage, ou encore quiconque à monter un chopin sait ce que c’est un vrai montage PC galère.
En soi ce n’est pas plus long ou plus difficile. C’est juste qu’il faut parfois réfléchir à l’ordre de montage des composants. Souvent, il y a assez peu de marge de manœuvre pour passer ses doigts et faire des ajustements. On pourrait dire que du coup l’upgrade est rare, mais c’est faux. Même ailleurs, selon le modèle de ventirad, il faudra parfois tout retirer pour changer le CPU ou renouveler la pâte thermique et il n’y a rien de différent ici ou ailleurs pour le S3 comme mon Core V1.
Quelle concurrence clé en main ?
Pour être pertinent dans ma comparaison, il faut penser à replacer ce build face à des machines similaires, une compacité extrême (sous les 5 L), une flexibilité modérée, des performances maximales.
Zotac le SFF prêt-à-l’emploi
Les nouveaux Magnus font figure d’ovni. Des boîtiers sous les 3L qui embarquent un GPU desktop (RTX 5060), un CPU Intel mobile et une connectique solide. C’est la philosophie inverse de mon build. Je l’ai connu avec le EN1060, tout est intégré, calibré, prêt. Rien n’est réellement modulaire : l’upgrade sera limitée. Mais, soit. Par contre, l’alimentation est externe, aussi volumineuse que le boitier et surtout le prix grimpe vite. Plus vite que monter sa configuration.
C’est un benchmark intéressant : on joue dans la même catégorie, mais avec une philosophie différente.
Beelink/Minisforum la compacité sans dGPU
Dans un autre genre, je mettrai les minipc classique sous les 2L avec iGPU correct et parfois une alimentation intégrée. Si mon UM680 Slim est d’un autre genre, il n’est pas comparable, pas la même puissance graphique, pas les mêmes objectifs, du coup, il vise un autre public. Ce type de machine peut jouer le rôle d’alternative “raisonnée” « si votre priorité n’est pas le jeu, mais la compacité, voici ce qu’on peut obtenir sans GPU dédié ». En tout cas, le Ryzen 6800H vaut bien un i3 last gen ou un Ryzen 5 Zen3 desktop.
Mais ça, c’était sans compter les Ryzen AI MAX et leur 8060S : pertinents ou pas… Et là, on boxe dans une tout autre catégorie avec une vocation hybride plutôt pro/IA que gaming. Question efficience, c’est imbattable. Question prix et disponibilité, c’est autre chose et on tombe dans l’incomparable.
Au final, que vaut réellement un PC gaming dans ce format ?
Mon build se résume au budget PC classique que l’on peut trouver chez tous les influenceurs. On peut le voir comme un équivalent steam machine. Étant donné que je compte garder ce build, j’ai monté quelque chose d’utilisable. Quelque chose qui correspond à mon usage de jeu 1440p.
Vu les tarifs, je suis parti en AM4 Ryzen 5500, 16 Go de DDR4, RTX4060, Flex500W, NH-L9 et un Artic P8 en extraction en haut du build. C’est sûr, ça ne tiendra pas en 4k avec les textures élevées. Par contre Helldivers, Arc, BF6, DarkTide avec DLSS ne posent aucun soucis en 1440p 60+ FPS en medium/high avec de l’upscaling . Le build est presque équivalent à la config Core V1 pour à peu près tout… en dehors du bruit si le boitier est sur le bureau.
La RTX4060 demande autour de 90W, le Ryzen 45W mais pour autant l’alimentation ventile. Dommage, car les températures sous les 60º pour le CPU et 75º sur le GPU sont largement acceptables et ne sollicitent pas la ventilation. Les performances en 1440p sont relativement proches de ce que peut offrir la RX6800 en 4k. Les progrès de DLSS font que le 1440p qualité est globalement mieux que de la 4k performance du FSR3. Le 5500 et clairement moins costaud que le 14400, mais on s’y fait vu que l’on reste sous les 90FPS quoi qu’il en soit.
Alors c’est clair que l’ultra-compact n’est clairement pas une solution universelle. C’est une direction, un choix philosophique autant que technique. Entre mon S3 et le MC1000 je dirai que le S3 qui divise le volume par 3 (ce qui n’est rien) demande un peu plus d’effort au montage. Il coute plus cher sur le choix de la carte mère uniquement. Pour le reste, en dehors d’une limitation sur les références d’alimentation et les tailles de GPU rien ne change globalement. D’ailleurs en dehors de l’alimentation, je peux transporter tous les composants du S3 dans n’importe quel autre boitier, à part gagner en silence, je n’aurais pas de différence. Signe de l’aspect plugNplay de la configuration même si les composants auraient l’air ridicule dans une tour ATX plein format.
Par contre, le S3 m’offre une expérience unique. C’est mon build, c’est une affirmation de soi. Et surtout la satisfaction du minimalisme maximal. Un équilibre entre densité, puissance, esthétique et complexité. Face à un Magnus équivalent, on parle d’un tarif divisé par 3 avec un PC à moins 500€ tout équipé. J’aurais pu tombé à 430€ avec un MC1000. Il est certainement 2x plus gros mini Ryzen AI, mais à minima 4x moins cher pour des performances en jeu équivalentes. Mais par rapport à ces deux cas, j’aurais aussi pris quelques coups de tournevis dans les doigts avant de pouvoir l’allumer.
