Comme je le disais il y a quelques semaines, il n’aura fallu qu’une annonce pour que le segment le plus négligé du marché PC depuis des années se retrouve sens dessus dessous. Non pas parce qu’Apple avec son MacBook Néo a sorti une machine révolutionnaire, mais parce que la marque a choisi de jouer sur un terrain qui n’était pas le sien. Et ça change tout, car c’est un territoire que plus personne ne voulait vraiment

L’entrée de gamme PC entre 400 et 800€, c’est un segment que les grandes marques ont progressivement abandonné, trop peu de marges, concurrence orientale. Puis, trop de compromis à assumer publiquement. On a laissé Acer/Compaq/Medion et consorts s’installer sur l’ultra-entrée de gamme pendant qu’Asus et Lenovo remontaient tranquillement leurs prix et misaient sur la valeur perçue plutôt que sur la valeur réelle. Avant qu’Acer ne monte aussi lui en gamme, disparition des Aspires, développement des Swift.

Ce que l’on oublie, c’est qu’Asus a été le premier à réellement bousculer ce marché dominé par les Inspiron de Dell avant lui. Dell étant monté sur les XPS, il a laissé la place aux EeePC d’Asus en 2008 puis les Core M en 2015 avec les UX305. Enfin, Asus était le premier sur les machines Ryzen AI MAX bien avant tout le monde. L’innovation venait de là. Dans un autre registre, Dell a oublié les gamers en dehors de quelques Inspiron G ce qui va laisser la place à un certain MSI proposant de bonnes configurations aux tarifs dévissés et quelques compromis.

Microsoft a déroulé le tapis pour Apple

Il faut être honnête : Apple n’aurait peut-être pas eu cette fenêtre sans les erreurs accumulées par Microsoft et ses partenaires. La stratégie du tout Copilot a été un désastre silencieux. Vendre des machines plus chères autour d’une IA locale que moins de 10 % des consommateurs utilisent réellement quand une alternative existe, c’est littéralement avoir perdu le sens des priorités. On a sacrifié l’accessibilité sur l’autel d’un argument marketing que personne n’avait demandé. Résultat : des prix qui montent, et un public qui se détourne. Le marché ne pardonne que rarement ce genre d’écart entre le discours et la réalité des usages.

A l’heure où les prix des composants explose, on sous-estime le rôle de la trésorerie d’Apple. Pendant que le marché PC subi de plein fouet la pénurie de composants et l’envolée des prix de la mémoire vive, Apple peut sortir le carnet de chèques pour sécuriser sa production auprès de Samsung. Tout en trouvant une porte de sortie aux machines ratées de production qui se retrouvent trop castrées pour être vendables. Et pendant que le petit monde des laptops pas cher se remettait à peine de la crise des puces maquillées, Apple a placé ses pièces.

La critique a l’ouest ?

Depuis la sortie du Neo, on lit beaucoup de choses. Absence de clavier rétroéclairé, 8 Go de RAM, écran sans couverture P3, connectique au strict minimum. Tout cela est vrai, mais tout cela est aussi à côté de la plaque. Dans cette gamme de prix, on cherche une machine fiable, simple à prendre en main, avec un budget ferme. Le MacBook Neo répond à ça mieux que n’importe quel concurrent actuel à ce prix. C’est précisément pour ça que c’est un choc pour le marché.

Les testeurs continueront encore quelques mois à pointer les limites techniques de la machine. Ils n’auront pas tort. Mais ils parleront à un public qui n’est pas celui visé par le Neo. C’est clairement un produit d’appel, mais pas un produit d’entrée de gamme… Car il reste plus cher que les machines chinoises. C’est là que le positionnement d’Apple est presque incompréhensible pour une marque réputée pour sa recherche de marge maximale. Le Neo ne sera pas leur machine la plus rentable. Mais elle sera leur meilleure campagne de communication depuis longtemps.

Neo, c’est nouveau client, pas nouveau portable pour tous ceux qui n’avaient jamais franchi le pas vers macOS. Des utilisateurs qui cherchent une machine légère pour voyager. Quand on se souvient du succès du Macbook Air qui est monté en gamme. Potentiellement, c’est une génération entière qui va découvrir l’écosystème Apple par la petite porte quand les plus anciens bavaient devant les Mac qu’ils ne pouvaient s’offrir.

Et maintenant ?

Le marché a horreur du vide, et un mouvement sur un segment aussi visible ne restera pas sans réponse. Les fabricants PC vont devoir réagir. La vraie question n’est pas de savoir si le MacBook Neo est parfait, il ne l’est pas. Elle est de savoir si ses concurrents sont capables de proposer mieux, au même prix, dans les mois qui viennent. Et là, la réponse est beaucoup moins évidente qu’il n’y paraît. Car ils partent avec un handicap : des années à négliger les usages réels de leur clientèle, à surcharger leurs machines de fonctions et logiciels inutiles tout en économisant sur l’essentiel. Et les différentes propositions de CPU ARM pour du Windows (et le retour des machines jetable à 4 Go de ram…) ne sont pas la solution.

Ou alors on a droit à Dell qui n’a rien compris… en mettant un écran plus cher sur son flagship XPS 13 qui reste coincé à 8 Go de Ram…

Seul ombre à l’horizon, la réserve d’Apple n’est pas infinie. Pas plus que les capacités de productions qui doivent assurer le stock pour le double des quantités initialement prévues. De plus, les lignes de productions sont réservées pour les nouvelles puces. Donc le MacBook Néo tel qu’il est aujourd’hui voit déjà ses jours comptés. Et c’est peut-être le principal frein à l’achat du Neo 2026… Un refresh Neo 2027 avec la puce du nouvel iPhone (pas plus mal, car il aura plus de ram) est plus proche qu’on le croit. Il restera à voir si Apple restera sur la même ligne tarifaire en rognant sa marge pour gagner des parts de marché. Cette dernière ayant évolué de manière plus favorable que prévue.

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