Depuis quelques semaines maintenant, les forums et réseaux tech diffusent la bonne nouvelle : les prix de la RAM baissent. OpenAI annule ses engagements colossaux, SK Hynix construit une nouvelle usine, le marché se détend. Oui, mais c’est un trompe-l’œil. Parce qu’en dehors de la RAM, le stockage lui, ne baisse pas, pire, il monte encore. Et même côté mémoire, la réalité est nettement plus nuancée qu’un simple « ça baisse » surtout si l’on repense aux prix proposés il y a 10 mois.
OpenAI, l’incendiaire qui s’en va
Si l’on veut revenir à la racine de l’envolée des prix, il faut revenir à octobre 2025 quand Sam Altman, alors à Séoul, signait simultanément des lettres d’intention avec Samsung et SK Hynix pour l’achat de presque 1 Million de wafers DRAM par mois, peu ou prou 40 % de la production mondiale. Le mot clé ici, c’est « lettre d’intention » : un document préliminaire sans obligation légale d’achat qui n’engage juridiquement à rien. Les marchés, eux, ne l’ont pas lu ainsi. Les fabricants ont immédiatement réorienté leur production vers la mémoire IA haute valeur ajoutée. Micron a été jusqu’à fermer sa marque grand public Crucial, en décembre 2025. Puis a réorienté toute sa capacité vers les clients entreprise et datacenter. Samsung a gonflé ses prix DDR5. Les kits 32 Go DDR5 ont culminé autour des 500 €.
Puis les annulations ont commencé à s’accumuler côté OpenAI : la fermeture récente de l’outil vidéo Sora, son retrait d’un accord de plusieurs milliards de dollars pour un datacenter en expansion avec Oracle au Texas.
Sans acheteur crédible au bout, la pression sur la chaîne d’approvisionnement s’est relâchée. Début avril 2026, certains kits DDR5 32 Go sont redescendus sous les 400€ environ. Bonne nouvelle, donc ? Oui, mais relative. Car 370 €, c’est encore deux à trois fois plus cher qu’à l’été 2025. Les dégâts de la crise sont structurels : Crucial n’existe plus, la production grand public reste réduite, l’entrée de gamme est morte.
SK Hynix juge et partie ?
Bonne nouvelle, on a beaucoup lu que SK Hynix allait construire une nouvelle usine et que ça allait faire baisser les prix. La réalité est plus cruelle, non, la « nouvelle usine » SK Hynix n’est pas notre alliée. 13 milliards de dollars vont être injectés dans une usine de production de mémoire HBM à destination des datacenters IA. Les mauvaises langues diront que ce sont les profits récents sur le dos du marché PC qui financent cette usine. Usine qui permettra au mieux de livrer plus de mémoire HBM dans le futur, structurellement, c’est une bonne nouvelle, mais pas pour nous. On est bien loin de la DDR5 grand public. Et si la construction démarre en avril 2026, la fin du chantier est prévue pour fin 2027 au mieux. Et le temps de lancer la production, la commercialisation réelle arrivera vers plutôt la fin de la décennie. Autrement dit : l’argent va dans la HBM pour les GPU IA, pas dans les barrettes qui vont dans nos tours et laptop pour lesquels SK Hynix a prévu que la pénurie persiste jusqu’à fin 2027.
Côté SSD, c’est encore pire et ça continue à empirer.
Si la RAM offre au moins le semblant d’une accalmie, le stockage, lui, ne donne aucun signe de ralentissement bien au contraire. Les chiffres publiés récemment sont éloquents. Un SSD Sandisk WD Blue SN5100 de 1 To se vendait 74,99 € en 2025. Fin janvier 2026, il était à 219,99 € aujourd’hui, il approche les 250€. En trois mois seulement, malgré une première vague de hausse déjà massive, les tarifs ont encore progressé. Et c’est pire plus on monte en gamme, une référence haut de gamme comme SN850X en 2 To a franchi le cap des 700 € contre 160 € à l’été 2025.
Et la suite ne sera pas meilleure : Samsung (comme Kingston) vient d’indiquer officiellement à ses partenaires commerciaux une nouvelle hausse de l’ordre de 10 % sur l’ensemble de son catalogue. Ces hausses devraient se répercuter dans les boutiques dans les semaines à venir, entraînant comme à chaque fois un effet domino sur l’ensemble des acteurs du marché.
Le bilan qui fait mal
La baisse de la RAM est, pour l’instant, réelle, mais partielle et fragile. Les prix restent trop largement au-dessus de l’été 2025, la production grand public n’a pas été restaurée. Et le moindre retour d’appétit IA pourrait renverser la tendance en quelques semaines. Les prix de contrat DRAM ont bondi de 55 à 60 % au premier trimestre 2026, on parle de 20€ ou plus le Go. Côté SSD, il n’y a rien à espérer à court terme si ce n’est une hausse de plus. On en parle moins, mais du fait de la difficulté à trouver de la ram et du stockage, les prix du cloud grand public bondissent également avec jusqu’à 600% de hausse sur certains produits. Peut-être une raison de plus de basculer en homelab, si on peut encore se permettre de le monter ?
En mot de la fin, il faut s’y faire, les hausses vont continuer à s’accumuler. Les prix de 2025 sont désormais un souvenir lointain. Restera une leçon d’économie magistrale, une industrie mondiale entière s’est réorientée sur la foi de lettres d’intention non contraignantes signées par une entreprise qui perd des milliards chaque année. Le consommateur, lui, paye la facture et continuera de la payer un bon moment.
Nous sommes bientôt au milieu d’année, au moment des annonces de résultats semestriels et des renouvellements de carnets de commandes. Les fabricants anticipent et annoncent de nouvelles vagues d’augmentations. Logique, pour maintenir les profits des derniers mois, il faut maintenir les tarifs actuels.
