L’été avec sa lumière dure n’est pas la meilleure saison pour faire des photos. Pourtant, à d’autres moments de la journée, lever les yeux vers le ciel nocturne est une expérience magique qui peut donner des idées. Toutefois, capturer cette magie en photo, est encore une autre aventure. Celle que l’on appelle l’astrophotographie. Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire d’avoir un télescope hors de prix ou une caméra spécialisée pour commencer. Avec un peu de matériel de base, quelques réglages bien choisis ainsi que beaucoup la patience, on peut déjà obtenir des résultats impressionnants.
Le matériel de base
Pour débuter, inutile de se lancer dans des dépenses astronomiques (sans mauvais jeu de mots). Voici ce qu’il faut :
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Un appareil photo avec mode manuel : reflex, hybride ou même compact expert. Un smartphone avec un mode nuit peut aussi faire l’affaire.
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Un objectif lumineux (ouverture f/2.8 ou moins si possible). Rien d’impossible néanmoins, même avec un zoom kit qui n’ouvre qu’à f/3,5 ou f/4. La distance focale n’est pas très importante même si un grand angle donnera quelque chose de plus impressionnant. En équivalent 40mm on obtient déjà de belles choses.
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Un trépied : essentiel pour stabiliser l’appareil lors des longues poses… très longues.
- J’ajouterai de prévoir une batterie supplémentaire et de quoi faire une pose si le capteur se met à chauffer.
Sans trépied, les appareils avec un écran escamotable et un retardateur sont un plus quand on pose l’appareil la tête faire le ciel. Et c’est tout ! Pas besoin de s’équiper comme dans un observatoire.
Le plus compliqué restera sans doute de trouver un spot épargné des perturbations lumineuses. Depuis un balcon en ville, c’est vite compliqué. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la lune n’est pas forcément l’élément le plus perturbateur. Du moins pas autant qu’un phare ou des nuages. Les soirs de pleine lune, selon sa position, c’est effectivement plus difficile de trouver une orientation permettant d’avoir les étoiles. Mais pas besoin de lampe pour trouver les boutons et régler l’appareil…
Les réglages
Chaque ciel est différent, mais en règle générale :
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Mode manuel (M) : indispensable pour contrôler vitesse, ouverture et ISO.
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Ouverture : la plus grande possible (f/2.8, f/3.5…).
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Temps de pose : entre 10 et 40 secondes, selon la focale et le capteur (au-delà, les étoiles commencent à s’allonger).
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ISO : entre 800 et 3200 selon la pollution lumineuse et la sensibilité au bruit de votre appareil.
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Mise au point : en manuel, sur l’infini (ou sur une étoile brillante en zoomant sur l’écran). Petit tips, sur les objectifs sans repère de mise au point, il y a souvent un mode dans l’appareil qui permet de réinitialiser la mise au point sur l’infini à l’allumage de l’appareil.
Une alternative est d’utiliser le mode « livetime » de l’appareil. Pratique, il permet de voir la photo se construire sous nos yeux. Généralement ce mode va forcer l’ouverture au plus haut et les ISO à 400 ou 800, il ne reste que le temps de poser à gérer en fonction de ce que l’on voit à l’écran.
La réduction de bruit et le temps de pose
Outre l’allongement des étoiles avec un temps de pose plus long, il faut prendre en compte que le temps nécessaire pour la photo est doublé. En pose longue, le capteur a besoin d’un temps équivalent pour opérer la réduction de bruit. Après une dizaine de photos (soit presque 20 minutes) il est probable que l’appareil soit chaud et demande un temps de pause lui aussi.
En limitant le temps de pose à quelques secondes (à f/1.8 et 3200 ISO, c’est possible) il est envisageable de couper la réduction de bruit au risque de voir apparaitre des point lumineux colorés sur les photos après quelques clichés. Je conseillerai quand même plutôt d’envisager un f/2,8 à 800 ISO et une pose entre 15 et 40 secondes et réduction activée pour avoir les clichés les plus propres.
Pour illustrer, voici deux photos que j’ai réalisées avec mon Olympus E-M10 Mark III, sans matériel en plus, uniquement posé sur trépied et avec un objectif relativement classique, le Lumix G20/1.7 et une autre avec le zoom de kit 12-50f/3.5.


Les réglages étaient simples : une pose longue, l’ouverture presque au max, et un ISO adapté au temps de pose. Celle au Lumix est faite sans réduction de bruit. Pour celle au 12-50, je n’avais pas trop le choix avec le temps de pose. Le résultat : la Voie lactée visible, des étoiles nettes et une ambiance nocturne qui fait rêver.
La partie retouches
Avec les ISO élevés, le temps de pose assez long, la pollution (lumineuse et de l’air) on a (hélas) de la matière pour retravailler les photos.
Par expérience avec Luminar et Lightroom, on peut facilement corriger l’exposition, ainsi qu’ajuster les contrastes et les couleurs, ce qui suffira pour 90% des cas.
Pour aller plus loin, on peut augmenter les micro-contrastes (clarté dans Lightroom) permet d’ajouter de la profondeur à la photo. En complément de l’ajustement de la luminosité, on peut jouer sur la luminance des tons clairs/sombres et ajuster le point noir. Toutefois, attention, le vrai ciel n’est pas vraiment noir profond. On peut vite passer d’un beau cliché à un tas de points blancs sur un fond noir. On peut également ajuster la balance des blancs pour compenser l’aspect orangé de la pollution. Une alternative est d’utiliser un filtre radial ou un masque pour réduire la teinte orange. Je déconseillerai de toucher à la saturation des couleurs et ainsi qu’à la vibrance sauf pour un effet de style.
La réduction de bruit logicielle peut fonctionner plus ou moins efficacement d’un cliché à l’autre. Cependant, elle donne un effet flou/lisse aux photos que je n’apprécie pas forcément. La correction des aberrations chromatiques via le profil de l’optique permettra de régler une partie des franges vertes/violettes et réduire le bruit au passage. Les points lumineux restants, ils sont bleus, rouges, verts, sont liés au bruit du capteur. Ils n’ont rien à voir avec la photo et se repèrent facilement (ils font vraiment tâches). On peut localement les effacer ou les colorer, mais c’est plutôt fastidieux. S’ils sont discrets, autant les laisser, sinon c’est au choix, baisser les ISO, réduire le temps et/ou remettre la réduction de bruit de l’appareil si on l’avait coupé.
Au final
L’astrophotographie n’est clairement pas réservée aux experts équipés de matériel hors de prix. Avec un simple appareil hybride, un trépied et quelques notions de réglages, on peut déjà capturer la magie des nuits étoilées. Si c’est galère au début pour trouver les bons réglages, on peut rapidement prendre plaisir à voir la Voie lactée apparaitre sur l’écran et voir la photo se construire sous nos yeux. Petite astuce de composition, si les photos plein ciel sont magiques, rien n’empêche d’envisager une composition avec un point de référence au sol (et là un ultra-grand angle peut décupler les possibilités). Un arbre qui dépasse, une montagne, une maison, surmonté d’un ciel étoilé peut faire le cliché qui ravira.
Je recommande quand même de prévoir plusieurs sorties assez proches pour avoir l’occasion d’améliorer son process. On en parle l’été parce que c’est plus confortable et potentiellement agréable d’être dehors pour ce genre de session. Mais la fin d’année propose également de très beaux ciels. On évitera la pollution lumineuse des activités humaines nocturnes, mais on devra faire fasse à la pollution de l’air plus visible selon les régions.
Le point positif, c’est que l’on peut lever la tête et chercher les étoiles filantes pendant les longues minutes durant lesquelles l’appareil travail seul. Alors, la prochaine fois que le ciel est clair, sortez votre appareil et tentez-vous aussi l’expérience astro !