Ça fait un peu plus d’un an que j’avais partagé du contenu à ce sujet. J’aurais pu profiter de l’actualité autour de l’éclipse pour refaire un billet, mais ce ne fut pas le cas. J’ai attendu la fin des Perséides pour revoir un peu ma copie et surtout retenter d’attraper la Voie lactée avec un setup et des réglages un peu différents. Puis j’ai laissé trainé la relecture…
Matériel et réglages théoriques
Le matériel est le même que l’année dernière. Les réglages ont, eux, un peu évolué. Enfin…
J’ai refait quelques essais en Live Bulb, à ne pas confondre avec le Live Time. Globalement, je n’arrive pas à obtenir de meilleurs résultats qu’en mode manuel (M). Seul avantage, le Live Time reste pratique pour les poses longues dépassant la minute. Mais le fait qu’il impose une combinaison ISO/ouverture ne laisse finalement assez peu de liberté, puisque seul le temps de pose reste réellement ajustable.
Pour l’ouverture, j’ai refait des tests de f/1.7 à f/5.6. Globalement, les meilleurs résultats restent ceux obtenus à pleine ouverture. C’est particulièrement vrai avec le Panasonic 20 mm f/1.7. Il est suffisamment piqué dès f/1.7 pour que la perte de lumière liée à une fermeture du diaphragme ne soit pas justifiable. Pour le temps de pose, le but est de trouver le meilleur compromis entre quantité de lumière capturée et déplacement apparent des étoiles. J’ai testé différentes valeurs, de 10 à 90 secondes. Même chose pour les ISO, avec des essais de 400 à 3200 ISO.
J’ai également testé les différentes options de réduction du bruit et la stabilisation. Les différences sont assez faibles avec mon OM. La réduction du bruit sur les poses longues a toutefois un défaut rédhibitoire lorsqu’on enchaîne les clichés. Elle double le temps de pose, sur une pose de 90 secondes, l’appareil va donc passer quasiment autant de temps à traiter l’image qu’à la capturer. Ce qui a le don de faire chauffer et vider la batterie. Pour la balance des blancs, je préfère la fixer plutôt que de laisser l’appareil décider. Une valeur comprise entre 3500 et 4200 K donne généralement une bonne base, à ajuster ensuite selon le rendu recherché et la teinte du ciel.
En pratique, ces principes restent valables quel que soit l’appareil utilisé. Ce sont surtout la focale, l’ouverture maximale, la qualité du ciel et la génération du boîtier qui feront varier les réglages précis.
Focale, temps de pose et composition
Pour moi, le Panasonic G20 mm f/1.7 est mon objectif le plus intéressant pour l’astrophotographie avec son ouverture. Fermer légèrement peut améliorer le piqué général et surtout la qualité des étoiles dans les coins, mais ce n’est pas impératif. Par contre, à cette focale, il vaut mieux éviter les poses trop longues si l’objectif est de conserver des étoiles ponctuelles (sans le flou ou les traces). Autour de 10 à 15 secondes constitue un bon point de départ, et 30 secondes devient déjà une limite selon le rendu recherché. À f/2, on obtient généralement un très bon compromis. À f/2.8, les étoiles peuvent encore gagner en propreté, mais la perte de lumière commence à impacter le temps de pose. A f/4 et au dela je n’y plus beaucoup d’intéret, même pour photographier la Voie lactée.
Ensuite, l’erreur pour moi est surtout de chercher à obtenir une seule photo parfaite. Alors que réduire le bruit, il est beaucoup plus intéressant de multiplier les poses et de les empiler ensuite. Sous réserve de réaliser la série assez rapidement. Une série de 10 à 50 clichés identiques permet d’obtenir un résultat souvent plus propre qu’une seule pose très longue (j’entends 90 secondes ou plus).
Par exemple, 10 clichés de 10 secondes sont préférables à une seule pose de 100 secondes si l’objectif est d’obtenir des étoiles ponctuelles. On limite ainsi le déplacement des étoiles sur chaque image et l’empilement permet de réduire le bruit. Pour accumuler les clichés, l’intervallomètre est préférable au mode rafale. Il permet de définir précisément le nombre de prises de vue et l’intervalle entre chacune, tout en évitant de dépendre du temps nécessaire à l’enregistrement du fichier RAW.
Côté composition, je vais que c’est difficile à faire mais il faut privilégier une photo intégrant un premier plan intéressant quand on vise la Voie lactée plutôt que de chercher systématiquement à faire entrer une immense arche dans le cadre. On le fera plus tard a l’assemblage. Le cadrage avec le Pana G20 est rapidement trop serré pour ce type de composition (avec un 1er plan). En passant au 12-50 mm, notamment à 12 mm. Le champ couvert est alors beaucoup plus large. Par contre, on perd presque deux diaphragmes de lumière par rapport au 20 mm f/1.7. Et c’est considérable : à exposition équivalente, f/3.5 à 6400 ISO correspond approximativement à f/1.7 à 1600 ISO. Obligeant à monter le temps de pose (ou les ISO…). Sous un ciel très sombre, sans Lune, les étoiles seront faiblardes mais resteront suffisamment nombreuses. En revanche, sous un ciel plus pollué ou avec une Lune présente, le 20 mm est presque impératif.
Le 12 f/2 ou le 17 f/1.8 feraient aussi bien l’affaire … mais je ne les ai pas.
Photographier les traînées d’étoiles
Pour les amateurs de star trails, la logique est différente. La rotation apparente du ciel si je me permet l’approximation est d’environ 15 degrés par heure. En 20 minutes, une étoile se déplace donc d’environ 5 degrés sur la voûte céleste. Cela suffit pour obtenir des arcs visibles, mais pas pour former de grands cercles.
Pour obtenir des traînées longues, on va donc multiplier les poses relativement courtes plutôt que réaliser une seule exposition de plusieurs dizaines de minutes. Par exemple : 30 secondes × 40 photos = soit environ 20 minutes de temps de prise de vue. L’objectif est de réduire au maximum l’intervalle entre les clichés afin d’obtenir des traînées continues lors de l’empilement.
Pour des cercles autour du pôle céleste, il faut davantage de temps. Plusieurs heures permettent d’obtenir des arcs beaucoup plus importants. Surtout avec un cadrage autour de l’étoile polaire, dans l’emisphe1re nord, des portions de cercle particulièrement visibles.
Le 12 mm est particulièrement adapté aux star trails avec paysage, car son champ permet d’intégrer à la fois le premier plan et une grande partie du ciel. À l’inverse, le 20 mm permet d’obtenir des traînées visuellement plus imposantes, au prix d’un cadrage beaucoup plus serré.
La partie retouche
Que l’on travaille dans Luminar Neo ou Lightroom, les principes restent les mêmes : récupérer le contraste du ciel, faire ressortir les étoiles et limiter le bruit sans transformer l’image en démonstration de traitement. Pour une première passe, je pars généralement sur quelque chose de relativement modéré :
- Exposition : +0,2 à +0,5
- Contraste : +10 à +20
- Hautes lumières : -10
- Ombres : +10 à +25
- Blancs : +5 à +15
- Noirs : -15 à -30
- Température : environ 3800 à 4200 K si la balance des blancs n’a pas été fixée à la prise de vue
- Saturation : +5 à +10
- Vibrance : +10 à +20
Pour récupérer un peu de détail :
- Netteté : +10 à +20
- Rayon : faible
- Masquage : élevé
- Réduction du bruit : +15 à +30
- Réduction du bruit chromatique : +20 à +30
Ces valeurs ne sont évidemment pas des réglages universels. Elles servent surtout de point de départ. Une photo prise à ISO 800 sous un ciel noir et une autre prise à ISO 6400 avec de la pollution lumineuse ne nécessiteront pas le même traitement. Dans le second cas il faudra intervenir manuellement sur la partie TSL pour réduire certaines franges vertes/mauves.
Luminar Neo dispose également de Structure AI. Un réglage léger, autour de +5 à +15, peut aider à faire ressortir les détails de la Voie lactée. Il faut cependant rester très modéré : pousser la structure fait également ressortir le bruit et les défauts du ciel dans le style d’un HDR baclé.
Pour accentuer uniquement le ciel, les masques sont beaucoup plus intéressants que d’appliquer les mêmes réglages à toute l’image. Une légère augmentation de la structure et de la netteté sur le ciel permet de conserver un premier plan plus naturel.
J’éviterais en revanche d’empiler les traitements :
- Enhance AI poussé
- Sky AI
- HDR trop marqué
- Clarté excessive
- Netteté excessive
- Réduction du bruit poussée suivie d’une forte accentuation
Le résultat peut sembler spectaculaire sur l’écran de téléphone au format Instagram, mais le rendu devient rapidement artificiel et le bruit ressort généralement dès que l’on regarde l’image en détail.
Retoucher des star trails
Pour les star trails, le traitement commence avant Luminar ou Lightroom. Il faut d’abord empiler les différentes prises de vue avec un logiciel comme StarStaX. Une fois les traînées constituées, on peut reprendre l’image finale dans son logiciel de développement habituel.
Je pars généralement sur :
- Contraste : +15 à +25
- Noirs : -20 à -35
- Blancs : +10 à +20
- Structure : +5 à +10
- Clarté : tout juste ajustée
- Réduction du bruit : +10 à +20
On peut ensuite augmenter légèrement la saturation pour faire ressortir les variations de couleur naturelles des étoiles. Le réglage le plus efficace reste généralement celui des noirs. Les traînées ressortent beaucoup mieux lorsque le niveau du ciel est abaissé, mais il faut éviter de transformer le ciel en aplat noir uniforme.
Au final, le meilleur résultat ne vient pas d’un réglage magique dans Lightroom ou Luminar. Il vient surtout de la prise de vue : un ciel suffisamment sombre, une mise au point précise, une exposition maîtrisée et suffisamment de clichés pour pouvoir les empiler ensuite. Les logiciels permettent ensuite de révéler ce qui a été capturé. Ils ne peuvent pas inventer les étoiles qui n’étaient pas là ou qui n’ont pas été captées.
